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"Les Souvenirs sur l'Espagne de 1808-1814, outils pour saisir la singularité du conflit?"

Résumé : outils pour saisir la singularité du conflit? Lors de la prise de Jaffa, le 7 mars 1799, le massacre délibéré de la garnison ottomane (environ 3 500 hommes), sur ordre de Bonaparte, marqua la rupture avec une conception positive de la guerre, promue libératrice et civilisatrice à l'aune de la 1 ère Campagne d'Italie 1. Un tel événement préfigurait les diverses exactions commises durant la guerre d'Espagne, la plus longue et pénible à laquelle furent confrontées les troupes impériales. Ce conflit, plus qu'aucun autre à l'époque, fut l'objet de la propagande et de la censure napoléoniennes. Tout fut mis en oeuvre pour exalter l'intervention française, censée régénérer la Péninsule en écartant fanatisme monacal et machinations anglaises, et minimiser la résistance rencontrée, devant l'opinion tant nationale qu'européenne. La première mention officielle de Baylen (près de deux mois après la défaite !) en faisait un revers mineur, tout en justifiant le repli français derrière l'Èbre comme une mesure sanitaire. Parallèlement, on y affirmait que « la majeure partie des propriétaires et des hommes éclairés qui constituent soit la noblesse, soit le haut clergé, était animée d'un bon esprit et des meilleurs sentiments » 2. Est-il possible, cependant, de découvrir des jugements discordants chez les officiers et les soldats français, ceux-là même qui furent chargés de la pacification ? De fait, l'abondance sans précédents de leurs relations laisse supposer une perception nouvelle de la guerre, qui « en tant qu'expérience extrême, devient le théâtre d'une mise en examen de la valeur existentielle de l'individu ». Par là, c'est une différence capitale par rapport aux conceptions en vigueur sous l'Ancien Régime, que l'on peut interpréter comme un des facteurs favorisant, à ce moment, l'essor d'une guerre totale 3. Sonder leurs témoignages implique toutefois de surmonter plusieurs obstacles. Par nature, relevant d'une subjectivité irréductible, ils sont parcellaires et souvent contradictoires. C'est qu'ils sont partagés entre sentiments personnels, préjugés, devoir relatif de réserve et obligations diverses, notamment liées au clientélisme militaire. Le nationalisme put jouer dans leur réception : les relations françaises ont longtemps eu mauvaise presse de l'autre côté des Pyrénées 4 ; mais divers historiens espagnols, tels Manuel Moreno Alonso (notamment dans Sevilla napoleónica, 1995) et Jesús de Haro Malpesa (†), les ont récemment intégrées à leur démarche, avec profit. Les conditions de rédaction interviennent également ; on ne peut aborder de la même manière un Journal de marche ou des lettres, documents immédiats (même s'ils opèrent une sélection des événements vécus), et des Souvenirs écrits généralement sur le tard, parfois d'après des notes quotidiennes 5. Ces derniers peuvent être faussés par les failles de la mémoire, un souci apologétique ou la volonté de se conformer à un horizon de lecture déterminé. De plus, pour certains spécialistes de la période 6 , les vétérans
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https://hal-univ-montpellier3-paul-valery.archives-ouvertes.fr/hal-03505836
Contributeur : Jean-Marc Lafon Connectez-vous pour contacter le contributeur
Soumis le : vendredi 31 décembre 2021 - 18:14:42
Dernière modification le : samedi 8 janvier 2022 - 03:38:30

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Identifiants

  • HAL Id : hal-03505836, version 1

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Jean-Marc Lafon. "Les Souvenirs sur l'Espagne de 1808-1814, outils pour saisir la singularité du conflit?". Trienio: Ilustración y Liberalismo, 2006. ⟨hal-03505836⟩

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