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Thèse Année : 2018

Symbolization Crisis and the Ego Ideal in Postmodern Culture

« Crise de la symbolisation et Idéal du Moi dans la culture postmoderne :essai de psychanalyse pharmacologique »

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Résumé

The Lyotardian concept of "postmodernity" refers to the current crisis, namely a crisis of the "meta-narratives" organizing modernity, and the resulting social, epistemic and discursive order. Faced with the current hegemonic attempt of biomedicine and cognitivism, which propose a new scientific myth, that of transhumanism, and play the game of an increased "bio-power", an alternative approach would be to converge "deconstructive" readings, who, from psychoanalysis to philosophy through a certain anthropology, are entitled to an approach in terms of "pharmakon", that is to say of ambivalence of the poison and the remedy, between Eros and Thanatos. The search for their own limits is the contemporary condition of the "uncertain individuals", eternal adolescents, summoned to be autonomous. Here we find the common "new psychic economy": searching, on the one hand, for performance, omnipotence if not superhumanity, and, on the other pole, deep masochism in connection with a major attack on narcissism, and archaic attempts at regeneration by sacrifice, make a sign towards a new clinical figure, that of the "borderline” patient, which knows multiple avatars and resists classifications. A number of essays on "discontent" intermingle individual clinical and cultural speculation, based on the key concept of "desymbolization". The lack of Law and the symbolic Father, however, seems an insufficient explanation, as does the reverse reading that leads to the libertarian headlong pursuit. Our reading of Lacan refuses to be part of this Old / Modern dualism, and focuses on the category of Ego Ideal and "unary trait" which suggests a knot of the symbolic with the imaginary, far from opposing them; it plays a vital role, allowing the symbolic to register. Symbolization is thus a process rather than a state, in which the subject is confronted, in ambivalence, with the question of its limits. He must convert the ideal Ego into the Ego Ideal. This is what myths allow to do, they are used to support, as mediating totems, the work of subjectivation, by engaging subjects in an identificatory and "transfictional" process that produces creative effects. In our era of “disenchantment of the world”, the available myths are only quasi-myths, "evasive" myths, against the background of discontent, and death of God. But popular literature, especially the one which is aimed at adolescents, like some vampire stories, offers "narcissistic romances", where Oedipus is now in the background. It revisits the character of Hamlet. Paradoxically, the figures of the mystics, adepts of limit-experiences and impregnated with ambivalence, close to Lacan by their "negative" theology of kenosis and their "apophatic" word, which cultivates loss, also find a new relevance, as well as the figure of the Apostle Paul, read by Agamben. His christology of the weak, depressed God, subject to lack, resonates like a deconstruction. It opens to a "time of the end", "time that remains", which suspends identities, defuses the powers and makes possible, perhaps, a "promise" and a "faith" in the sense of Derrida, in a ambivalent logic of the sacred where the Ideal is close to the abject. Therefore, should not the cure, by renouncing a too nosographic approach, and too much centered on the symbolic castration, endeavor to find the fruitful and invigorating trace of the unary trait, that is to say, to leave a place to the imaginary? Thus the analysis would play the role of a kind of "Camera Lucida": by letting out the "myths" (or quasi-myths), of which that of Perseus is worth as a paradigm of combat that any analysand has to lead. This is to open the space of the pharmakon, since the ambivalence of the Ideal is inscribed as an impossible risk to evacuate. But it is perhaps at the price of this risk (which is also a risk shared, to a certain extent, by the analyst), that of the fall, of the "skandalon", that one can hope that the subject is deprived of the ideal Ego and its traps, to effect another knotting, never foreseeable nor assured in advance, and always in the neighborhood of the "hole": a nomination, a sinthome.
Le concept lyotardien de « postmodernité » désigne la crise actuelle, à savoir une crise des « méta-récits » organisateurs de la modernité, et de l’ordre social, épistémique et discursif qui en découle. Face à la tentative hégémonique actuelle de la biomédecine et du cognitivisme, qui proposent un nouveau mythe scientifique, celui du transhumanisme, et font le jeu d’un « bio-pouvoir » accru, une démarche alternative consisterait à faire converger les lectures « déconstructrices » qui, de la psychanalyse à la philosophie en passant par une certaine anthropologie, font droit à une approche en termes de « pharmakon », c’est-à-dire d’ambivalence du poison et du remède, entre Eros et Thanatos. La recherche de leurs propres limites est la condition contemporaine des « individus incertains », éternels adolescents, sommés d’être autonomes. On retrouve là la « nouvelle économie psychique » commune : recherche, d’un côté, de performance, d’omnipotence sinon de surhumanité, à l’autre pôle masochisme profond en lien avec une atteinte majeure du narcissisme, et tentatives archaïques de régénération par le sacrifice, font signe vers une figure clinique nouvelle, celle de l’ « état-limite » qui connaît de multiples avatars et résiste aux classifications. Nombre d’essais sur le « malaise » entremêlent clinique individuelle et spéculations sur la culture, à partir du concept-clé de « désymbolisation ». La carence de Loi et de Père symbolique semble toutefois une explication insuffisante, tout comme la lecture inverse qui pousse à la fuite en avant libertaire. Notre lecture de Lacan refuse de s’inscrire dans ce dualisme Anciens/Modernes, et met l’accent sur la catégorie d’Idéal du Moi et de « trait unaire » qui suggère un nouage du symbolique avec l’imaginaire, loin de les opposer ; celui-ci joue un rôle essentiel, en permettant au symbolique de s’inscrire. La symbolisation est donc un processus plus qu’un état, dans lequel le sujet se trouve confronté, dans l’ambivalence, à la question de ses limites. Il doit convertir le Moi idéal en Idéal du Moi. C’est ce à quoi s’emploient les mythes, qui étayent, tels des totems médiateurs, le travail de subjectivation, en engageant les sujets dans un processus identificatoire et « transfictionnel » qui produit des effets créatifs. A notre époque de désenchantement du monde, les mythes disponibles ne sont que de quasi-mythes « évasifs », sur fond de malaise et de mort de Dieu. Mais la littérature populaire, notamment celle qui s’adresse aux adolescents, comme certains récits de vampires, propose des « romans narcissiques », où l’Œdipe passe désormais au second plan. Elle revisite le personnage d’Hamlet. Paradoxalement, les figures des mystiques, adeptes des expériences-limites et imprégnés d’ambivalence, proches de Lacan par leur théologie « négative » de la kénose et leur parole « apophatique », qui cultive la perte, retrouvent également une actualité, ainsi que la figure de l’apôtre Paul, lue par Agamben. Sa christologie du Dieu faible, abaissé, soumis au manque, résonne comme une déconstruction. Elle ouvre à un « temps de la fin », « temps qui reste », qui suspend les identités, désamorce les pouvoirs et rend possible, peut-être, une « promesse » et une « foi » au sens de Derrida, dans une logique ambivalente du sacré où l’idéal voisine avec l’abject. Dès lors, la cure ne devrait-elle pas, en renonçant à une approche trop nosographique et trop centrée sur la castration symbolique, s’attacher à retrouver la trace féconde et vivifiante du trait unaire, c’est-à-dire laisser une place à l’imaginaire ? Ainsi l’analyse jouerait-elle le rôle d’une sorte de « chambre claire » : en laissant affleurer les « mythes » (ou quasi-mythes), dont celui de Persée vaut comme paradigme du combat que tout analysant a à mener. Il s’agit d’ouvrir l’espace du pharmakon, puisque l’ambivalence de l’Idéal est inscrite comme un risque impossible à évacuer. Mais c’est peut-être au prix de ce risque (qui est aussi un risque partagé, jusqu’à un certain point, par l’analyste) , celui de la chute, du « skandalon », que l’on peut espérer que le sujet se déprenne du Moi idéal et de ses pièges pour opérer un autre nouage, jamais prévisible ni assuré d’avance, et toujours au voisinage du « trou » : une nomination, un sinthome. Le concept lyotardien de « postmodernité » désigne la crise actuelle, à savoir une crise des « méta-récits » organisateurs de la modernité, et de l’ordre social, épistémique et discursif qui en découle. Face à la tentative hégémonique actuelle de la biomédecine et du cognitivisme, qui proposent un nouveau mythe scientifique, celui du transhumanisme, et font le jeu d’un « bio-pouvoir » accru, une démarche alternative consisterait à faire converger les lectures « déconstructrices » qui, de la psychanalyse à la philosophie en passant par une certaine anthropologie, font droit à une approche en termes de « pharmakon », c’est-à-dire d’ambivalence du poison et du remède, entre Eros et Thanatos. La recherche de leurs propres limites est la condition contemporaine des « individus incertains », éternels adolescents, sommés d’être autonomes. On retrouve là la « nouvelle économie psychique » commune : recherche, d’un côté, de performance, d’omnipotence sinon de surhumanité, à l’autre pôle masochisme profond en lien avec une atteinte majeure du narcissisme, et tentatives archaïques de régénération par le sacrifice, font signe vers une figure clinique nouvelle, celle de l’ « état-limite » qui connaît de multiples avatars et résiste aux classifications. Nombre d’essais sur le « malaise » entremêlent clinique individuelle et spéculations sur la culture, à partir du concept-clé de « désymbolisation ». La carence de Loi et de Père symbolique semble toutefois une explication insuffisante, tout comme la lecture inverse qui pousse à la fuite en avant libertaire. Notre lecture de Lacan refuse de s’inscrire dans ce dualisme Anciens/Modernes, et met l’accent sur la catégorie d’Idéal du Moi et de « trait unaire » qui suggère un nouage du symbolique avec l’imaginaire, loin de les opposer ; celui-ci joue un rôle essentiel, en permettant au symbolique de s’inscrire. La symbolisation est donc un processus plus qu’un état, dans lequel le sujet se trouve confronté, dans l’ambivalence, à la question de ses limites. Il doit convertir le Moi idéal en Idéal du Moi. C’est ce à quoi s’emploient les mythes, qui étayent, tels des totems médiateurs, le travail de subjectivation, en engageant les sujets dans un processus identificatoire et « transfictionnel » qui produit des effets créatifs. A notre époque de désenchantement du monde, les mythes disponibles ne sont que de quasi-mythes « évasifs », sur fond de malaise et de mort de Dieu. Mais la littérature populaire, notamment celle qui s’adresse aux adolescents, comme certains récits de vampires, propose des « romans narcissiques », où l’Œdipe passe désormais au second plan. Elle revisite le personnage d’Hamlet. Paradoxalement, les figures des mystiques, adeptes des expériences-limites et imprégnés d’ambivalence, proches de Lacan par leur théologie « négative » de la kénose et leur parole « apophatique », qui cultive la perte, retrouvent également une actualité, ainsi que la figure de l’apôtre Paul, lue par Agamben. Sa christologie du Dieu faible, abaissé, soumis au manque, résonne comme une déconstruction. Elle ouvre à un « temps de la fin », « temps qui reste », qui suspend les identités, désamorce les pouvoirs et rend possible, peut-être, une « promesse » et une « foi » au sens de Derrida, dans une logique ambivalente du sacré où l’idéal voisine avec l’abject. Dès lors, la cure ne devrait-elle pas, en renonçant à une approche trop nosographique et trop centrée sur la castration symbolique, s’attacher à retrouver la trace féconde et vivifiante du trait unaire, c’est-à-dire laisser une place à l’imaginaire ? Ainsi l’analyse jouerait-elle le rôle d’une sorte de « chambre claire » : en laissant affleurer les « mythes » (ou quasi-mythes), dont celui de Persée vaut comme paradigme du combat que tout analysant a à mener. Il s’agit d’ouvrir l’espace du pharmakon, puisque l’ambivalence de l’Idéal est inscrite comme un risque impossible à évacuer. Mais c’est peut-être au prix de ce risque (qui est aussi un risque partagé, jusqu’à un certain point, par l’analyste) , celui de la chute, du « skandalon », que l’on peut espérer que le sujet se déprenne du Moi idéal et de ses pièges pour opérer un autre nouage, jamais prévisible ni assuré d’avance, et toujours au voisinage du « trou » : une nomination, un sinthome.
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Citer

Julien Cueille. « Crise de la symbolisation et Idéal du Moi dans la culture postmoderne :essai de psychanalyse pharmacologique ». Sciences de l'Homme et Société. l’UNIVERSITE PAUL VALERY-MONTPELLIER III Arts et Lettres, Langues et Sciences Humaines et Sociales, 2018. Français. ⟨NNT : ⟩. ⟨tel-03463916⟩

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