Arrêt de service lundi 11 juillet de 12h30 à 13h : tous les sites du CCSD (HAL, EpiSciences, SciencesConf, AureHAL) seront inaccessibles (branchement réseau à modifier)
Accéder directement au contenu Accéder directement à la navigation
Thèse

« Crise de la symbolisation et Idéal du Moi dans la culture postmoderne :essai de psychanalyse pharmacologique »

Résumé : Le concept lyotardien de « postmodernité » désigne la crise actuelle, à savoir une crise des « méta-récits » organisateurs de la modernité, et de l’ordre social, épistémique et discursif qui en découle. Face à la tentative hégémonique actuelle de la biomédecine et du cognitivisme, qui proposent un nouveau mythe scientifique, celui du transhumanisme, et font le jeu d’un « bio-pouvoir » accru, une démarche alternative consisterait à faire converger les lectures « déconstructrices » qui, de la psychanalyse à la philosophie en passant par une certaine anthropologie, font droit à une approche en termes de « pharmakon », c’est-à-dire d’ambivalence du poison et du remède, entre Eros et Thanatos. La recherche de leurs propres limites est la condition contemporaine des « individus incertains », éternels adolescents, sommés d’être autonomes. On retrouve là la « nouvelle économie psychique » commune : recherche, d’un côté, de performance, d’omnipotence sinon de surhumanité, à l’autre pôle masochisme profond en lien avec une atteinte majeure du narcissisme, et tentatives archaïques de régénération par le sacrifice, font signe vers une figure clinique nouvelle, celle de l’ « état-limite » qui connaît de multiples avatars et résiste aux classifications. Nombre d’essais sur le « malaise » entremêlent clinique individuelle et spéculations sur la culture, à partir du concept-clé de « désymbolisation ». La carence de Loi et de Père symbolique semble toutefois une explication insuffisante, tout comme la lecture inverse qui pousse à la fuite en avant libertaire. Notre lecture de Lacan refuse de s’inscrire dans ce dualisme Anciens/Modernes, et met l’accent sur la catégorie d’Idéal du Moi et de « trait unaire » qui suggère un nouage du symbolique avec l’imaginaire, loin de les opposer ; celui-ci joue un rôle essentiel, en permettant au symbolique de s’inscrire. La symbolisation est donc un processus plus qu’un état, dans lequel le sujet se trouve confronté, dans l’ambivalence, à la question de ses limites. Il doit convertir le Moi idéal en Idéal du Moi. C’est ce à quoi s’emploient les mythes, qui étayent, tels des totems médiateurs, le travail de subjectivation, en engageant les sujets dans un processus identificatoire et « transfictionnel » qui produit des effets créatifs. A notre époque de désenchantement du monde, les mythes disponibles ne sont que de quasi-mythes « évasifs », sur fond de malaise et de mort de Dieu. Mais la littérature populaire, notamment celle qui s’adresse aux adolescents, comme certains récits de vampires, propose des « romans narcissiques », où l’Œdipe passe désormais au second plan. Elle revisite le personnage d’Hamlet. Paradoxalement, les figures des mystiques, adeptes des expériences-limites et imprégnés d’ambivalence, proches de Lacan par leur théologie « négative » de la kénose et leur parole « apophatique », qui cultive la perte, retrouvent également une actualité, ainsi que la figure de l’apôtre Paul, lue par Agamben. Sa christologie du Dieu faible, abaissé, soumis au manque, résonne comme une déconstruction. Elle ouvre à un « temps de la fin », « temps qui reste », qui suspend les identités, désamorce les pouvoirs et rend possible, peut-être, une « promesse » et une « foi » au sens de Derrida, dans une logique ambivalente du sacré où l’idéal voisine avec l’abject. Dès lors, la cure ne devrait-elle pas, en renonçant à une approche trop nosographique et trop centrée sur la castration symbolique, s’attacher à retrouver la trace féconde et vivifiante du trait unaire, c’est-à-dire laisser une place à l’imaginaire ? Ainsi l’analyse jouerait-elle le rôle d’une sorte de « chambre claire » : en laissant affleurer les « mythes » (ou quasi-mythes), dont celui de Persée vaut comme paradigme du combat que tout analysant a à mener. Il s’agit d’ouvrir l’espace du pharmakon, puisque l’ambivalence de l’Idéal est inscrite comme un risque impossible à évacuer. Mais c’est peut-être au prix de ce risque (qui est aussi un risque partagé, jusqu’à un certain point, par l’analyste) , celui de la chute, du « skandalon », que l’on peut espérer que le sujet se déprenne du Moi idéal et de ses pièges pour opérer un autre nouage, jamais prévisible ni assuré d’avance, et toujours au voisinage du « trou » : une nomination, un sinthome. Le concept lyotardien de « postmodernité » désigne la crise actuelle, à savoir une crise des « méta-récits » organisateurs de la modernité, et de l’ordre social, épistémique et discursif qui en découle. Face à la tentative hégémonique actuelle de la biomédecine et du cognitivisme, qui proposent un nouveau mythe scientifique, celui du transhumanisme, et font le jeu d’un « bio-pouvoir » accru, une démarche alternative consisterait à faire converger les lectures « déconstructrices » qui, de la psychanalyse à la philosophie en passant par une certaine anthropologie, font droit à une approche en termes de « pharmakon », c’est-à-dire d’ambivalence du poison et du remède, entre Eros et Thanatos. La recherche de leurs propres limites est la condition contemporaine des « individus incertains », éternels adolescents, sommés d’être autonomes. On retrouve là la « nouvelle économie psychique » commune : recherche, d’un côté, de performance, d’omnipotence sinon de surhumanité, à l’autre pôle masochisme profond en lien avec une atteinte majeure du narcissisme, et tentatives archaïques de régénération par le sacrifice, font signe vers une figure clinique nouvelle, celle de l’ « état-limite » qui connaît de multiples avatars et résiste aux classifications. Nombre d’essais sur le « malaise » entremêlent clinique individuelle et spéculations sur la culture, à partir du concept-clé de « désymbolisation ». La carence de Loi et de Père symbolique semble toutefois une explication insuffisante, tout comme la lecture inverse qui pousse à la fuite en avant libertaire. Notre lecture de Lacan refuse de s’inscrire dans ce dualisme Anciens/Modernes, et met l’accent sur la catégorie d’Idéal du Moi et de « trait unaire » qui suggère un nouage du symbolique avec l’imaginaire, loin de les opposer ; celui-ci joue un rôle essentiel, en permettant au symbolique de s’inscrire. La symbolisation est donc un processus plus qu’un état, dans lequel le sujet se trouve confronté, dans l’ambivalence, à la question de ses limites. Il doit convertir le Moi idéal en Idéal du Moi. C’est ce à quoi s’emploient les mythes, qui étayent, tels des totems médiateurs, le travail de subjectivation, en engageant les sujets dans un processus identificatoire et « transfictionnel » qui produit des effets créatifs. A notre époque de désenchantement du monde, les mythes disponibles ne sont que de quasi-mythes « évasifs », sur fond de malaise et de mort de Dieu. Mais la littérature populaire, notamment celle qui s’adresse aux adolescents, comme certains récits de vampires, propose des « romans narcissiques », où l’Œdipe passe désormais au second plan. Elle revisite le personnage d’Hamlet. Paradoxalement, les figures des mystiques, adeptes des expériences-limites et imprégnés d’ambivalence, proches de Lacan par leur théologie « négative » de la kénose et leur parole « apophatique », qui cultive la perte, retrouvent également une actualité, ainsi que la figure de l’apôtre Paul, lue par Agamben. Sa christologie du Dieu faible, abaissé, soumis au manque, résonne comme une déconstruction. Elle ouvre à un « temps de la fin », « temps qui reste », qui suspend les identités, désamorce les pouvoirs et rend possible, peut-être, une « promesse » et une « foi » au sens de Derrida, dans une logique ambivalente du sacré où l’idéal voisine avec l’abject. Dès lors, la cure ne devrait-elle pas, en renonçant à une approche trop nosographique et trop centrée sur la castration symbolique, s’attacher à retrouver la trace féconde et vivifiante du trait unaire, c’est-à-dire laisser une place à l’imaginaire ? Ainsi l’analyse jouerait-elle le rôle d’une sorte de « chambre claire » : en laissant affleurer les « mythes » (ou quasi-mythes), dont celui de Persée vaut comme paradigme du combat que tout analysant a à mener. Il s’agit d’ouvrir l’espace du pharmakon, puisque l’ambivalence de l’Idéal est inscrite comme un risque impossible à évacuer. Mais c’est peut-être au prix de ce risque (qui est aussi un risque partagé, jusqu’à un certain point, par l’analyste) , celui de la chute, du « skandalon », que l’on peut espérer que le sujet se déprenne du Moi idéal et de ses pièges pour opérer un autre nouage, jamais prévisible ni assuré d’avance, et toujours au voisinage du « trou » : une nomination, un sinthome.
Liste complète des métadonnées

https://hal-univ-montpellier3-paul-valery.archives-ouvertes.fr/tel-03463916
Contributeur : Julien CUEILLE Connectez-vous pour contacter le contributeur
Soumis le : jeudi 2 décembre 2021 - 17:30:59
Dernière modification le : samedi 4 décembre 2021 - 03:56:07
Archivage à long terme le : : jeudi 3 mars 2022 - 20:22:50

Fichier

thèse CUEILLE.pdf
Fichiers produits par l'(les) auteur(s)

Identifiants

  • HAL Id : tel-03463916, version 1

Collections

Citation

Julien Cueille. « Crise de la symbolisation et Idéal du Moi dans la culture postmoderne :essai de psychanalyse pharmacologique ». Sciences de l'Homme et Société. l’UNIVERSITE PAUL VALERY-MONTPELLIER III Arts et Lettres, Langues et Sciences Humaines et Sociales, 2018. Français. ⟨tel-03463916⟩

Partager

Métriques

Consultations de la notice

40

Téléchargements de fichiers

12